Auteur/autrice : louise.oegema@gmail.com

  • Au-delà du flou

    Fuji X-T3 ISO/160 1/125 sec. f/53mm F/14

    Si j’ai choisi de vous montrer cette photo, c’est entre autres parce que l’enfant n’est pas reconnaissable. On m’a très tôt enseigné le respect de la vie privée des plus jeunes : pour moi, il n’est pas permis d’exposer le visage d’un enfant sans au préalable l’accord des parents.

    Pourtant, je suis touché par cette image. Malgré un flou de bouger important, cette prise capture un instant universel et émouvant : Le geste d’un enfant qui tente de porter une cuillère à sa bouche. À travers cette silhouette à la tête inclinée et ce coude trop élevé, on devine presque la langue tendue par l’effort, tellement qu’il en oublie de se tenir droit.

    L’apprentissage des gestes est difficile et profondément humain. En regardant cet enfant, je pense à moi, derrière mon appareil photo. Il m’arrive sans doute à moi aussi de sortir la langue pour contrôler mon mouvement !

  • Chiens de prairie à queue noire

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    Fuji X-T3 ISO/800 1/1000 sec. f/191mm F/5

    Voici un petit animal très social et attachant : le chien de prairie à queue noire, Cynomys ludovicianus . Il est présent du sud du Canada jusqu’au Mexique. Ceux-ci ont été photographiés dans le parc animalier de Casteil situé dans les Pyrénées Orientales.

    Autrefois vivant par centaines de millions, sa population a chuté de 95% au cours du XXème siècle, principalement en raison de son empoisonnement massif – je dirais plutôt son extermination – par les éleveurs de bétail qui le croyaient nuisible pour leurs pâturages. L’espèce est maintenant protégée dans différents parcs nationaux.

    Ces rongeurs vivent en clan ou « coterie ».

    L’interaction entre eux est primordiale, ce qui les rend irrésistibles à observer. Le jeu est très présent au sein du clan : les chiens de prairie passent des heures à se courir après, à faire des roulades et à simuler des combats. En réalité, c’est leur principal moyen d’apprentissage, un peu comme chez les humains avant les écrans ! Ces moments de jeu permettent de développer le contrôle de soi, d’aiguiser leurs réflexes et leur vitesse – des compétences indispensables à leur survie. Ils y développent aussi le respect des aînés et les règles de la coterie.

    Ma foi, après avoir appris cela, je pense que les humains auraient tout intérêt à s’inspirer de cette espèce qu’ils ont d’abord voulu faire disparaître. Comme une roue qui tourne, le plus faible devient parfois le plus fort, car le plus fort n’est rien sans coopération, empathie et lien social.

    * Pour terminer, j’ai appris que ludovicianus est le nom latin pour Louis. L’animal a été décrit pour la première fois le 7 septembre 1804 exactement sur un territoire qu’on nommait Louisiane .

  • Lézardé et lézardé !

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    Fuji X-T3 ISO/160 1/125 sec. f/300mm F/10

    Ce petit lézard des murailles ( podarcis muralis ) profite des derniers rayons du soleil.

    Derrière la poésie de cet instant ce cache un système complexe de régulation thermique. Ce petit reptile combine deux types de sources d’énergie pour activer son métabolisme avant la fraîcheur nocturne. Il plaque son ventre sur la roche pour en récupérer la chaleur accumulée et il s’expose simultanément aux rayons solaires. Pour maximiser cette absorption il sait aplatir son corps pour augmenter la surface d’exposition. Comble de sophistication, il assombrit sa couleur pour capter la lumière plus efficacement.

    Plus j’observe la nature, plus je constate que rien n’est laissé au hasard. Tout geste, tout comportement, chaque détail d’une espèce à une fonction dont le but ultime est sa survie. C’est fascinant de constater à quel point il existe des systèmes d’adaptation qui défient tout ce que l’homme peut créer.

    Finalement, je me dis que cette citation  » l’homme qui dompte la nature  » est risible et tellement naïve , face au spectacle de notre époque. Un simple petit lézard paressant sur sa pierre fait beaucoup plus qu’un humain bronzant sur la plage par souci d’esthétisme !

    Il y a lézardé et lézardé. L’un s’expose par vanité, l’autre s’énergise par nécessité.

  • Leçon d’humilité du Cady

    Fuji X-T3 ISO/1000 1/15 sec. f/450mm F/11

    J’ai beaucoup de difficultés à photographier l’eau. Je ne trouve pas le bon cadrage, mes paramètres de prise de vue sont mauvais. Un peu comme si je n’arrivais pas à comprendre et transmettre mon ressenti. Moi qui adore l’eau, pourquoi cela m’arrive-t-il ?

    Pour cette photo, j’ai passé au moins deux heures sur le bord de ce cours d’eau à faire des dizaines d’essais. Ici, j’ai baissé la vitesse d’obturation pour adoucir la cascade, mais les ISO à 1000 … Qu’est-ce qui m’a pris ? Je me suis retrouvé avec une ouverture de diaphragme à 16 et une vitesse trop basse. Résultat : un flou de bougé. Mauvaise préparation avant le clic. Dur dur, l’apprentissage de la photo !

    Quoi qu’il en soit, j’ai passé un bon moment au bord du Cady à Casteil. La photographie est pour moi un bon prétexte pour se connecter à la nature. Cet échec ne m’arrêtera pas : je vais continuer à explorer le langage de l’eau et un jour, je l’espère, réussir à transmettre mon ressenti en photo. D’ici là, des centaines d’essais à venir.

    Je termine ici en vous recommandant une ballade au bord du Cady, torrent de montagne qui descend du Canigou avec toute la force tranquille de celui qui a compris !

  • Retour du criquet d’Egypte

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    Fuji X-T3 ISO auto./2500 1/500 sec. f/55mm F/4

    Aujourd’hui, je vous présente le criquet d’Egypte, devenu un spécimen adulte. Je vous avais partagé une photo de lui, encore immature dans mon article du 16 juillet. Se peut-il que ce soit le même ? Observé sur le même arbuste dans mon jardin, il y a de fortes chances qu’il ait décidé d’hiverner ici.

    Il a une armure impressionnante, faite de pics, de tâches sombres et, sur ses tibias, de fortes épines blanches à pointe noire. Une vraie cuirasse de guerrier ! Pourtant il est totalement inoffensif . Lorsque je m’approche, il semble s’interroger sur ce que je suis en train de faire avec mon gros objectif si près de lui. Aucun mouvement, aucune agitation. Juste ses grands yeux rayés qui me fixent intensément.

    Cette tactique de survie consiste effectivement à demeurer immobile. Il pense ainsi que nous ne le voyons pas. Nous ne savons rien de ses capacités intellectuelles, mais il possède des capteurs ultra-perfectionnés que l’on a de quoi lui jalouser.

    Je pense, entre autres, à ses yeux à vision panoramique, à ses antennes qui servent de capteurs chimiques et thermiques, à son audition par le ventre (et oui !) ou encore à ses poils sensoriels qui mesurent la vitesse et la direction du vent.

    Je pourrais vous en parler des heures tant ce petit insecte est complexe, lui que l’on trouve si peu attirant. Résumons simplement en disant qu’il est une pure merveille de technologie – pour utiliser un mot à la mode. Une chose sûre : il n’a pas attendu les pontes de la Silicon Valley pour vivre !