Catégorie : Photo de rue

  • Quand pensez-vous Prof ? *

    Fuji X-T3 ISO/160 1/125sec. f/35mm F/7.1

    Abandonnons un peu les oiseaux pour se tourner vers le village de Pau en Catalogne où a eu lieu ce week-end un vide grenier. Au détour d’une allée, je remarque cet élégant mannequin, puis le petit nain de jardin. À leurs côtés, se tient un homme avec les yeux rivés sur son téléphone intelligent. Quel pittoresque !

    Trois regards, trois directions, tous différents. D’abord, le regard du mannequin, regard lointain et fuyant, puis le petit nain qui me regarde directement, avec son sourire éternel de plâtre. L’homme, quand à lui, est absorbé par son téléphone, coupé du monde qui l’entoure.

    Le choix du cadrage et de l’objectif de 35mm relie visuellement ces personnages et atténue l’arrière-plan. Le choix du noir et blanc vient diminuer les distractions et concentre notre attention sur les regards.

    Dans un monde saturé d’images, on finit par ne plus regarder autour de soi, quel drame !

    N’est-ce pas étrange que ces personnages inanimés semblent plus présents dans l’instant que l’humain ?

    * Prof est l’un des nains de Blanche-Neige, ici représenté en plâtre et sans ses lunettes.

  • Ligne de regard, ligne de survie

    Lumix DMC-TZ100 ISO/125 1/125 f/9.1mm F/2.8

    Cette photo a été prise à la volée en passant sur le pont Joffre à Perpignan. Mon regard a été attiré instantanément par la profusion de lignes: les horizontales, les verticales, les obliques, la ligne du regard de ces dames, celles créés par les ombres, celle du mouvement de marche, celles des vêtements, plus celles du cadre. J’ai choisi de faire cette image en noir et blanc pour diminuer les distractions visuelles et en augmenter les contrastes.

    Qu’à cela ne tienne. La photo est difficile à lire ; on pourrait dire que trop de lignes tue la ligne et crée une surcharge visuelle. Heureusement, le regard des deux personnes tournées vers la gauche crée une ligne de force invisible mais puissante : notre regard s’y accroche et traverse enfin l’image. On se demande ce qui captive leur attention et on résout l’énigme de ce chaos graphique, la photo prend tout son sens.

    Il ne faut jamais sous-estimer la force créée par le regard. C’est biologique et bien ancré dans notre évolution: savoir ce que l’autre regarde peut nous sauver la vie !

  • Tire fort, Pitou !

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    Lumix DMC-TZ100 ISO/125 1/125 sec. f/29mm F/4.7

    Jour de marché à Perpignan. Ce mignon Yorkshire terrier ne semble pas très enclin à suivre sa maîtresse. Il tire sur sa laisse de toute la force de ses petites pattes et l’implore du regard, mais rien n’y fait : madame continue ses emplettes.

    C’est précisément ce que j’aime dans cette photo : cette tension entre l’animal et l’humain, qui s’exprime par le bras tendu de la maîtresse et la laisse raide, comme une corde, qui traverse la photo.

    J’imagine très bien la tête de cette dame tournée vers un étal de légumes pour choisir son prochain repas, inconsciente du drame qui se joue au bout de son bras !

    J’en suis presqu’à penser que sur la prochaine photo, il n’y aura plus de chien. Et hop, disparu !

  • Au-delà du flou

    Fuji X-T3 ISO/160 1/125 sec. f/53mm F/14

    Si j’ai choisi de vous montrer cette photo, c’est entre autres parce que l’enfant n’est pas reconnaissable. On m’a très tôt enseigné le respect de la vie privée des plus jeunes : pour moi, il n’est pas permis d’exposer le visage d’un enfant sans au préalable l’accord des parents.

    Pourtant, je suis touché par cette image. Malgré un flou de bouger important, cette prise capture un instant universel et émouvant : Le geste d’un enfant qui tente de porter une cuillère à sa bouche. À travers cette silhouette à la tête inclinée et ce coude trop élevé, on devine presque la langue tendue par l’effort, tellement qu’il en oublie de se tenir droit.

    L’apprentissage des gestes est difficile et profondément humain. En regardant cet enfant, je pense à moi, derrière mon appareil photo. Il m’arrive sans doute à moi aussi de sortir la langue pour contrôler mon mouvement !

  • Dos à dos

    Lumix DMC TZ-100 ISO/640 1/80 sec. f/25mm F/4.5

    C’est maintenant difficile de faire de la photo de rue ou de public. Avec mon boitier compact, j’y arrive parfois, mais cela génère pas mal de tension !

    Pris sur le vif lors d’un vernissage à Perpignan- mon petit clin d’oeil à Visa pour l’image qui commence ce week-end d’août- cette photo capture ces deux photographes qui semblent se gêner dans un espace restreint. Le regard du photographe de droite en dit long sur son embarras: une véritable guerre de territoire où chacun veut préserver sa bulle.

    J’ai vécu cette situation à de nombreuses reprises, où chacun joue des coudes pour tenter d’obtenir la meilleure place et la meilleure photo. Je crois que ces situations m’ont poussé à me tourner vers la nature , même si la photo de rue reste incroyable. Quel plaisir de saisir des émotions, des sentiments, des expressions sur les visages et d’observer le comportement humain.

    Un grand paradoxe de notre époque : dans ce monde où l’image est omniprésente, où on n’hésite pas à montrer son intimité à la planète entière, il n’a jamais été aussi difficile de prendre une simple photo d’un inconnue.

    Cela ne m’empêche pas de vous inviter à venir voir les différentes expositions, entres autres celle de Raymond Depardon, cofondateur de l’agence Gamma en 1966 et membre de l’agence Magnum Photo à partir de 1978.

    Bonne visite !